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Interview

Collectivités territoriales : « Il était temps de défendre les attachés » – Interview d’Emmanuelle Dussart



Pour la présidente de l’association des attachés des collectivités territoriales, les 70 000 attachés font beaucoup mais sont peu reconnus. Née il y a quatre ans à Nantes, 2ACT veut être reconnue comme un interlocuteur à part entière.

Comment est née l’association et quels objectifs vise-t-elle ?

L’association est née du constat que les 70 000 attachés remplissent des missions de plus en plus pointues, expertes et techniques, avec des niveaux d’étude demandés dans les profils de poste à bac +5 alors que le concours est ouvert à bac +3. Il n’est pas rare de constater une méconnaissance totale des compétences demandées et des postes occupés par ce cadre d’emploi qui assure la sécurité financière et juridique des collectivités locales, et qui regroupe la plus grande diversité des métiers de toutes les filières de la FP. Face à cette réalité, le statut est inégalitaire, injuste, avec un déroulement de carrière rempli d’obstacles, où chaque étape à passer est autrement plus complexe que pour la filière technique alors que nombre de postes sont ouverts et occupés indifféremment par des ingénieurs ou des attachés. Il était temps de défendre ce cadre d’emploi.

Comment défendre une catégorie – les attachés territoriaux – face à la diversité de leur profil ?

Justement, c’est l’un des premiers axes de défense. Une telle diversité de métiers est la vraie richesse de cette catégorie. Et justifie en elle-même la création de ce réseau. Tout le travail est de parvenir à la reconnaissance de cette richesse, que ce soit à l’intérieur même de la fonction publique qu’à l’extérieur, notamment face au fonctionnaire bashing. C’est aussi très représentatif des centaines de métiers que compte la fonction publique territoriale. Sans compter que dans les petites collectivités, l’attaché, qui est très souvent DGS, est considéré comme l’expert dans une multitude de domaines. Ce n’est pas parce que le budget de la commune est faible, ou qu’il y a moins d’habitants, que la collectivité encourt moins de risques, a moins de responsabilités, dans sa prise de décision et dans leur mise en œuvre. Et il y a des bases communes : le déroulement de carrière, et la rémunération en font partie.

La mise en place du RIFSEEP doit notamment permettre de diminuer les écarts de primes entre filières et ainsi les écarts de rémunération entre hommes et femmes. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Dans le meilleur des cas, rares, très rares, le RIFSEEP a pu être utilisé comme un moyen de diminuer les écarts entre filières. Il a également été utilisé comme un moyen de réduire les primes sous le prétexte d’une remise à plat. Et dans la plupart des cas, il n’aura aucune influence sur les écarts de rémunération, ce que prouvent certaines délibérations le mettant en place, que nos adhérents nous ont envoyées. D’autant que généralement, il a été mis en place dans la plus grande confidentialité, ce qui a eu pour effet que les attachés ont découvert leur nouveau traitement avec leur fiche de paye. Il y a beaucoup à dire sur ce sujet, et de multiples questions restent en suspens : comment les collectivités territoriales peuvent-elles appliquer cet objectif alors que l’État lui-même conditionne les dotations à l’évolution de la masse salariale des collectivités territoriales et décide des plafonds de primes à accorder, de manière inégalitaire, et toujours en faveur des filières masculines ?

La revalorisation des catégories A préconisée par le Conseil Sup’ sera-t-elle suivie d’effet ?

Ça va servir dans le sens où le Conseil Sup’ aide à la prise de conscience de la réalité de la situation, mais je ne pense pas que le gouvernement va s’en emparer car sa mise en œuvre sera trop chère…

 

Interview de Stéphane Menu

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