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Interview

« Qui connaît vraiment les conditions de travail des agents de la propreté ? » – Interview de Mathilde Icard



Démarche à la fois simple et singulière à Lille. La Ville a fait appel à un chercheur en psychologie du travail pour « regarder » les agents de la propreté travailler et favoriser des « échanges » entre eux pour améliorer les conditions de travail. Parce que nous sommes tous confrontés à la nécessité de donner du sens à ce que nous faisons…

A l’origine de votre projet, il y a l’idée que ceux qui font sont les mieux placés pour en parler…

Oui encore faut-il leur donner la parole… Je connais bien le travail d’Yves Clot, professeur au Cnam (Ndlr, Conservatoire national des arts et métiers), responsable de la chaire Psychologie au travail. Sur les RPS, il a une approche très positive. Il veut créer des moments collectifs où les agents concernés puissent parler de ce qu’ils font. Pour lui, le sens collectif émerge des échanges, ce qui paraît banal dit ainsi mais qu’il faut cependant mettre en œuvre de façon rigoureuse parce qu’il n’existe pas de cadre formel pour aller dans cette direction dans les organisations. C’est ce que nous avons décidé de mettre en place au sein de la direction de la propreté à Lille.

Le choix du service propreté n’est pas anodin…

En effet, qui connaît vraiment les conditions de travail de ces agents ? Pendant six mois, Antoine Bonnemain, chercheur au Cnam, a suivi les agents du quartier de Fives dans leur quotidien en filmant leurs conditions de travail. Dans le même temps, deux agents ont été désignés pour remonter à la direction les difficultés rencontrées par les agents. Et les images du film ont révélé crûment la réalité du travail de l’ensemble des agents qui ont ainsi pu échanger sur leurs conditions de travail, en envisageant les pistes d’amélioration, les équipements à acheter pour changer les conditions de travail. Par exemple, un nouveau système de vidange pour les conteneurs dans les camps de roms a été mis au point par les agents. Ou encore des chariots plus légers sont désormais mis à leur disposition. Les images montrées poussent tout le monde à s’interroger pour améliorer le réel. L’image légitime ce que l’on fait dans sa vie professionnelle.

Depuis, le dispositif a été étendu à tous les quartiers lillois…

Oui car le retour de la direction de la propreté est positif, avec moins d’absentéisme, un meilleur climat de travail. En tant que responsable RH, j’avoue ma prédilection pour ces formations embarquées, actives, décadrées. C’est bien plus efficace que les formations classiques…

Stéphane Menu

Témoignages

De l’importance du « travail bien fait »

Directeur de la propreté de la Ville de Lille, Jérémy Dédourge met en exergue « une expérience déstabilisante car elle force l’encadrement à s’intéresser effectivement au travail dit ordinaire des équipes. J’insisterai aussi sur l’écoute constructive, aussi bien des agents vers l’encadrement que réciproquement. Enfin, l’engagement de l’ensemble des acteurs est une des clés de la réussite. Toute la chaîne hiérarchique doit être intégrée, de l’encadrant de proximité, jusqu’à la DG et les élus ». De son côté, Antoine Bonnemain, le chercheur du Cnam, insiste sur l’importance du travail « bien fait » : « La qualité du travail est aujourd’hui un problème central dans les organisations.

La santé s’abîme quand le travail n’est ni fait ni à faire. Définir le travail bien fait n’est pourtant pas simple, il y a même un conflit de critères à ce propos dans tout travail et dans toute organisation : il n’est pas supprimable mais il reste toujours discutable. Quand la demande existe, notre intervention consiste à instruire ce conflit pour des arbitrages plus favorables au travail bien fait ».

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