Logo Etoile Mag Le magazine au service de votre carrière

Interview

« Les réseaux sociaux sont des lieux d’authenticité »



Consultant en numérique pour le secteur public, Franck Confino considère que les collectivités territoriales ont toute leur place sur les réseaux sociaux. Mais elles doivent se fixer des objectifs à atteindre…

Comment les collectivités territoriales doivent-elles appréhender les réseaux sociaux aujourd’hui ? Doivent-elles le faire sur le modèle de ce que font les entreprises privées ?

Nous sommes tous aujourd’hui confrontés à une grande bataille de l’attention. Entreprises, collectivités, médias, individus : nous sommes tous dans le même bateau ; pour être vus, nous devons passer par les réseaux sociaux. Toute la difficulté consiste à trouver la bonne ligne éditoriale et le bon ton. Chaque jour, en moyenne, on déroule environ 90 mètres d’informations sur son téléphone portable ; dans une journée, une personne va consulter son portable toutes les dix minutes et n’y consacrer pas plus de 30 secondes. Le défi est là : capter l’attention immédiatement… ou ne pas exister.

C’est effrayant vu de l’extérieur. Cette crise de l’attention n’entraîne-t-elle pas une forme d’abêtissement général ?

On peut faire le choix de ne pas communiquer. Mais il faut être plus intelligent que cela. Pour une collectivité, accepter cette règle du jeu, c’est exister là où se trouvent des millions de Français et donc des millions d’administrés. C’est l’assurance de saisir le pouls en permanence de la population. La possibilité d’anticiper les attentes de la population. Si tel post Facebook sur un projet est plus lu qu’un autre, c’est une indication en temps réel d’un intérêt de la population qu’un magazine municipal n’apporte plus. Les réseaux sociaux constituent une vitrine. On n’y perd pas son âme. On peut continuer à faire sérieusement son travail à côté mais on place en évidence ces projets territoriaux là où les gens se trouvent.

Dans votre quotidien, vous conseillez les collectivités territoriales sur tout ce qui gravite autour des réseaux sociaux. Quels sont les prérequis avant de se lancer ?

Il faut insister sur la notion de projet éditorial. Faire du réseau social pour du réseau social ne sert à rien. Cette artificialité se sent vite, use les suiveurs. En revanche, si un maire décide de recourir aux réseaux sociaux pour remplir une salle municipale offrant une programmation culturelle, qui marche moins bien par défaut de communication publique, il va vite se rendre compte des raisons pour lesquelles ça marche ou pas : les réactions de la population sur la qualité du programme, par exemple, ce sont des choses concrètes qui vont lui revenir très vite sur son bureau.

En revanche, si la salle se remplit mieux via les réseaux sociaux, le mal est identifié : la communication. Grâce aux réseaux sociaux, la population s’exprime en permanence. Il faut donc savoir analyser ce qui se dit, faire un travail de veille et être présent avec un objectif clair : améliorer la qualité du service public et remettre en cause ses propres pratiques si les critiques se justifient.

Avec tous leurs défauts, les réseaux sociaux restent, malgré tout, des lieux d’authenticité, de mise à nu d’un ressenti global de la population. J’ai accompagné un jour un élu à qui on avait fait un reproche sur les réseaux sociaux. Il y avait répondu. Quelques jours plus tard, la même remarque lui avait été faite en pleine réunion publique et il avait pu y répondre du tac au tac. Sur cette expérience, il m’avait confié : « Facebook, c’est du média training pour un élu ». C’est une bonne définition, je trouve.

http://www.franckconfino.net/

Stéphane Menu

Soyez la première personne à commenter cet article

Découvrez le réseau Etoile en vidéo !


Rejoindre Etoile